top of page
Rechercher

Le Rouge


Vendredi 10 avril, nous avons organisé une mini conférence sur la couleur ROUGE. L'occasion de découvrir l'origine de certains pigments, des histoires incroyables de secret, de monopole d'Etat, de symboles religieux , politiques ...

Pour ceux qui n'ont pas pu y assister, vous trouverez ci-après cet exposé qui, j'espère, vous apprendra des choses, vous étonnera et vous donnera un autre regard sur ce petit tube de peinture rouge que l'on achète sans connaitre son histoire!

Bonne lecture...



🎨 COULEURS ET POUVOIR

Pigments rares, domination politique et prestige symbolique


j’ai décidé de vous parler aujourd’hui du

Rouge


Le rouge est une couleur intense qui symbolise la passion, l'énergie et la vitalité. Associée à l'amour et à la force de vie, cette teinte puissante évoque des émotions profondes et parfois contradictoires. Elle incarne la chaleur, l'audace et le courage, tout en étant capable de représenter le danger, la colère ou la détermination… On notera encore aujourd’hui: le tapis rouge, le téléphone rouge, l’alerte rouge, le chiffon rouge, le label rouge, le rideau rouge, ….


Cet attrait est confirmé par la linguistique :

  • en latin, un même terme s’utilise pour désigner la couleur « rouge » ou quelque chose de « coloré » comme coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois "rouge" et « coloré ». Dans les langues slaves, il est même synonyme de « beau »

  • en russe, krasnoï veut dire "rouge" mais aussi "beau" (étymologiquement, la place Rouge est la "belle place »).


Son histoire et celle de ses nuances, s’étendent de la Préhistoire au XXIe siècle et possèdent de nombreuses facettes : origine des pigments, ses usages symboliques ou marques politiques, dans l’art,  autant d'aspects qui en font un sujet passionnant.

Quand nous regardons aujourd’hui un tube de peinture, nous oublions une chose essentielle : la couleur a longtemps été un luxe comme marqueur social, un secret, un symbole religieux parfois un monopole d’État.


Découvrons comment cette couleur a captivé les artistes à travers le temps !



LES DIFFERENTS TYPES DE ROUGES,

LEUR OBTENTION, LEUR HISTOIRE, LEUR POUVOIR


L’histoire des pigments nous dévoile

un univers riche en intensité et en découvertes


Après le noir et le blanc, le rouge fut la première couleur jamais fabriquée à partir de pigments  issus des minéraux, des végétaux ou des animaux.

Les artistes ont utilisé des laques rouges intenses,  dérivées de matières tinctoriales (qui servent à teindre) telles que la garance, le cinabre, la cochenille et le murex pour l’enluminure et la peinture.


La garance, cette plante joua un rôle prédominant dans la production de laques transparentes offrant des glacis intenses de rouge, de rose et de cramoisi.

Originaire de Perse, c’est la seule plante capable de produire un véritable rouge grâce aux pigments contenus dans ses racines. L’art occidental s’est abondamment servi des laques de garance, pour les fresques de Pompéi aux tableaux de Renoir. Elle est toujours cultivée aujourd’hui pour ses précieuses qualités en teinture naturelle.


Le cinabre, quant à lui, est un pigment rouge orangé d’origine naturelle (minerai) ou artificielle (sulfure de mercure). Les Romains en étaient de grands consommateurs malgré son coût élevé. L’analyse révèle fréquemment sa présence dans les peintures murales de Pompéi et de Rome.

Sous sa forme artificielle, le cinabre est connu sous le nom de vermillon, et il aurait probablement été synthétisé dès l’Antiquité, comme le suggèrent de nombreux traités de peinture médiévaux. Cependant, la composition du vermillon, qui mêle soufre et mercure, en faisait un pigment extrêmement toxique.



J’ai fait le choix de vous parler de 3 d’entre eux, l’hématite, la pourpre et le carmin,

tant j’ai appris de choses sur ces 3 pigments !


1- L’hématite, un pigment ancestral à la base de tout


Remontons à l’un des pigments rouges les plus anciens : l’hématite. C’est une forme minérale de l’oxyde de fer qui se teinte de rouge lorsqu’elle s’altère. L’hématite est le pigment le plus répandu à la surface du globe, donnant naissance aux terres et ocres rouges naturelles.

Dès 30 000 ans av. JC,  les hommes préhistoriques utilisaient l’ocre rouge pour peindre les murs de leur grotte. A Altamira en Espagne, des bisons saisissants témoignent de cette fascination ancienne.


L'hématite n'est pas un pigment comme les autres. Ce minerai de fer, au nom qui évoque le sang en grec ancien, possède une structure cristalline exceptionnellement stable. Contrairement aux pigments organiques qui se décomposent, l'hématite est littéralement indestructible à l'échelle humaine. Sa composition chimique – l'oxyde de fer – résiste aux acides, aux variations de température, à l’humidité. De plus, les artistes préhistoriques broyaient l'hématite jusqu'à obtenir une poudre d'une finesse extrême, parfois inférieure à 5 microns. Cette granulométrie microscopique permettait au pigment de pénétrer profondément dans la porosité de la roche, créant une liaison quasi-moléculaire avec le support et assurant ainsi sa pérennité.





Elles furent également très utilisées dans les peintures de Pompéi et d'Herculanum en particulier.

Plus tard, au Moyen-Age, présentée en bâtonnets, elle servira essentiellement à tracer les dessins préparatoires aux fresques. Leonard de Vinci et les artistes de la Renaissance l’utiliseront également pour des études de nus et des portraits.

Vous connaissiez peut-être aussi son utilisation sous le nom de « sanguine » dans la composition des crayons d’art.




2-  La pourpre (nuance entre le violet et le rouge)



Utilisée intensivement à Rome, cette teinture précieuse était extraite d’un coquillage : le murex. La ville de Tyr, en Phénicie, était renommée pour ses colorants pourpres, d’où son nom la pourpre tyrienne. Ce fut l'une des marchandises les plus légendaires du monde antique.


Ce noble pigment a été le produit le plus cher de l'Antiquité - il valait plus de trois fois son poids en or, selon un édit romain publié en 301 après J.-C.

Grâce à l'intensité unique de sa couleur et à sa résistance à la décoloration, la pourpre tyrienne était adorée par les civilisations anciennes du sud de l'Europe, de l'Afrique du Nord et de l'Asie occidentale.

Sachez que chaque escargot ne contient qu'une infime quantité de mucus: il faut environ 10 000 coquillages pour produire un gramme de pigment! La production sent extrêmement mauvais. Elle est longue. Elle est rare. La rareté crée la valeur.

La fabrication de la pourpre s’est éteinte après la chute de Byzance en 1463. La pourpre naturelle disparaît progressivement.



3-  Le carmin de cochenille : une révolution venue du Nouveau Monde


C’est le rouge qui a fait trembler l’Espagne et séduit Rubens.

Il est issu de la cochenille, une puce du cactus d’Amérique centrale et du sud, et c’est dans son abdomen, que se cache le trésor: l’acide carminique, un colorant rouge extrêmement stable.

Il faut récolter environ 70 000 insectes pour produire 500 grammes de colorant. Pour transformer ce petit insecte en pigment, il faut d’abord le sécher au four, puis le broyer, on obtient alors une poudre grisâtre presque banale, mais dès qu’elle est mise dans l’eau chaude, le rouge éclate, on filtre, on précipite avec de l’alun et on obtient un pigment insoluble stable à la lumière.


Les civilisations aztèques et mayas utilisaient déjà le carmin bien avant l’arrivée des Espagnols.



En effet, quand, au 16e siècle, les conquistadores espagnols prennent le Mexique, ils découvrent dans les textiles et les maquillages des Aztèques un rouge plus rouge qu’ils n’avaient jamais vu. Le colorant se révèle être extrait de cochenilles qui vivent en parasites sur des cactus de nopal.


L’Espagne y voit un créneau commercial et donc le « Rouge espagnol » est transporté en grandes quantités vers l’Europe, une matière première tinctoriale rare et chère, destinée aux rouges de luxe. Dans l’échelle des valeurs des marchandises acheminées par les flottes et galions espagnols, elle se situait, jusqu’à la fin du 18ème siècle, juste après les métaux précieux, ce qui en fit une arme économique.


Comme il fallait 150.000 cochenilles pour un kilo de colorant, on aménagea des grands plantations de cactus mais limitée essentiellement à une province mexicaine.


Cela ne signifia pas, par contre, que le carmin devint moins cher. Au contraire, les Espagnols gardaient le secret sur sa provenance et faisaient monter les prix; l’exportation se faisait par deux ports mexicains, débarquement contrôlé à Séville, puis Cadix, où s’approvisionnaient des négociants européens qui la redistribuaient sur les grandes places marchandes et manufacturières ( à Venise notamment où il y a eu un grand nombre d’utilisation par les teinturiers et par les peintres). En Nouvelle-Espagne (c’est-à-dire au Mexique), les visiteurs étrangers sont interdits, ainsi que l’exportation de cochenilles vivantes.


L’Espagne disposait donc d’un monopole absolu sur la commercialisation très lucrative du carmin. Pour conserver ce monopole et afin d’en contrôler le marché, les Espagnols ont donc entretenu, à toutes ces étapes, le secret sur la nature du carmin de cochenille, que d’aucuns ont naturellement essayé de percer.

Très longtemps, d’autres grandes puissances ne pouvaient que deviner la provenance. Le monopole de la cochenille de l’Espagne valant une fortune, ce luxe lumineux était source de guerre et d’intrigues. Pourtant, en Europe, ils étaient peu à comprendre toute la nature du carmin. Était-il issu d’une plante ou d’un animal ? Pourrait-il être volé au Mexique et transplanté dans leurs colonies ? La quête pour percer l’énigme de la cochenille et briser le monopole de l’Espagne a duré trois cents ans.


Par contre, grâce au nombre croissant de nouveaux colons, la source fut finalement découverte. Le monopole espagnol est resté jusqu’au 19e siècle, jusqu’à ce que l’on découvre que ces cactus poussaient aussi très bien en différents pays sud-américains, en Indonésie et sur les îles Canaries.


En suivant le cadavre d’un petit insecte, on découvre une vaste histoire, qui en croise de nombreuses autres, comme celles de la première mondialisation des échanges, de la circulation des savoir-faire ou des transferts culturels et techniques.




L’utilisation de la couleur rouge dans les arts et

sa symbolique au fil des ans


A LA PREHISTOIRE ET L’ANTIQUITÉ


Des études ont démontré qu’à l’âge de pierre, il y a 40 000 ans, la couleur rouge était déjà utilisée pour peindre le corps des chasseurs. À l'époque préhistorique, le pigment ocre était couramment utilisé dans l'art rupestre.

Elle est la couleur que l’Homme maitrise le mieux et le plus rapidement, tant dans le domaine de la Peinture que dans celui de la Teinture.

L’étude des grottes préhistoriques a révélé la présence  de différents types de pigments et donc de plusieurs types de manipulations pour obtenir du Rouge. Il est donc déjà question de nuancer cette teinte, ce qui témoigne de sa grande valeur. Par ailleurs, s’il arrive de trouver de l’Ocre Jaune et du Noir sur ces représentations primitives, le Rouge reste largement prédominant.




A cette époque déjà, le Rouge sert à embellir, protéger et souligner le pouvoir, autant de fonctions qu’il est intéressant de garder en tête, tant elles seront réinvesties par la suite.


Dans l'Antiquité déjà, on l'admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c'est-à-dire ceux de la religion et de la guerre.


Les anciens Égyptiens et les Mayas utilisaient des colorants rouges pour  orner les panneaux ou décorer les visages avant les grands rituels.


La reine égyptienne Cléopâtre en était tellement obsédée qu'elle en a même fait teindre les voiles de son bateau.

Les généraux romains peignaient leur corps en rouge pour célébrer leurs victoires.

Concernant la pourpre, cette couleur majestueuse, également appelée « Color Officialis », était étroitement liée au pouvoir.

À Rome, la couleur devient législation. Les lois somptuaires interdisent certains vêtements aux classes inférieures. La toge pourpre intégrale est réservée à l’empereur. Les sénateurs n’ont droit qu’à une bande. Pourquoi ? Parce que la couleur devient un signe visible de hiérarchie.

Les enfants impériaux naissent dans une chambre revêtue de porphyre (pierre pourpre). On dit « nés dans la pourpre » pour désigner les enfants « bien nés ». La couleur devient concept politique : Elle ne désigne plus seulement un textile mais une légitimité dynastique.

Dans une société sans médias modernes, la couleur est un langage politique.




AU MOYEN AGE :


Au Moyen Âge, le rouge apparaît dès les premières œuvres religieuses, notamment dans la peinture et la sculpture chrétiennes. Les artistes utilisaient cette couleur pour évoquer la passion, le sacrifice et la divinité.

Tout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs ! Chacune d'elles se dédouble en deux identités opposées. Cette couleur va s'imposer parce qu'elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire : le feu et le sang.


On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne deux pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu'elle perdure aujourd'hui. Le rouge feu, c'est la vie mais c'est aussi la mort, l'enfer.


Par exemple, dans les vitraux gothiques, le rouge y est associé tantôt à la faute et àl'interdit, tantôt à la puissance et à l'amour. La dualité symbolique est déjà en place.


 


A partir des 13e et 14ème siècles, le Pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux. On s'accommode très bien de cette ambivalence.


Le rouge conserve la dimension de pouvoir et de majesté. Exhiber, recevoir, contrôler ou interdire le rouge, c’est manifester son pouvoir.


Un petit mot sur Van Eyck, qui le premier a utilisé de la peinture à l’huile en travaillant sur des glacis successif. Certes il a peint des sujet religieux (et les peintres se peignaient déjà dans des scènes religieuse) mais lui a fait son autoportrait (ce qui rompait avec le style gothique précédent) avec un turban (qui était plutot un chaperon dont il a relevé les pointes pour peindre et rouge pour assoir sa légitimité et son importance).


Au fil des siècles, le rouge s’est étendu à la représentation des souverains et des figures d’autorité. La couleur incarnait alors toujours la puissance, la justice et la légitimité divine.




EPOQUE MODERNE (1492/1789) :


Comment ne pas parler de Carpaccio!

Au milieu du 15ème, Vittore Carpaccio, peintre et décorateur du palais des Doges est le maître du rouge écarlate. Les murs des pièces sont en partie peints en rouge comme le sont les meubles.


Il a beaucoup travaillé aussi la perspective, sans doute hérité de son passé de décorateur.



C’est fin 16ème siècle que le rouge se discrédite avec en premier lieu, les Réformes Protestantes et leur classement des couleurs honnêtes et déshonnêtes. Les Réformateurs considèrent en effet que le rouge est une couleur trop voyante, trop couteuse, indécente, immorale et dépravée (et c’était la couleur des « papistes »).


Au 17ème, Rembrandt (calviniste) n’utilise que rarement des couleurs vives.

Lorsque le rouge est présent, il a pour fonction de faire ressortir un élément souvent vestimentaire d’un personnage sans modifier la lumière d’ensemble du tableau.




Mais des peintres continuent de valoriser les couleurs riches, dont le rouge, pour exprimer puissance, sensualité et prestige.

À la Renaissance, le rouge s'imposa comme couleur de concentration divine. Maître vénitien Titien a maîtrisé le pouvoir du rouge, en utilisant des glaçures vermillon superposées pour créer des vêtements lumineux pour le  Christ, la Vierge Marie et les apôtres (1550)




Maître hollandais Johannes Vermeer travaille le vermillon et la glaçure de garance habilement superposés pour créer la jupe rouge éclatante « La fille au verre de vin » (1660)



Au 16ème,  Rubens (le plus grand coloriste de tous les temps) emploie les rouges de façon large, n’hésitant pas à habiller les femmes de rouges profonds ou à les peindre devant un rideau rouge éclatant. Il l’emploie pour les draperies et les chairs et les lèvres.





Le carmin étant relativement cher (contrairement à la garance, bon marché), la teinte à la cochenille va rapidement devenir un symbole du pouvoir. Ainsi, les peintres vont l’utiliser pour mettre en évidence la richesse du commanditaire.

Ainsi, Van Dyck, ldans « les enfants Balbi », en 1625, utilise la cochenille pour parer luxueusement les enfants du puissant commanditaire.





Le Caravage, au début du 17ème siècle, utilise le rouge pour créer des contrastes dramatiques.

Dans « Le souper à Emmaüs » (1601), le drapé rouge intense qui enveloppe le Christ ressuscité crée un point focal saisissant, symbolisant à la fois la passion et le sacrifice divin.


Le Caravage représente Saint Jérôme avec un tissu rouge éclatant.

Le rouge, couleur de la Passion, fait ressortir le modelé du corps

du Saint. C'est le sang du tableau.




Le 17e siècle voit l’émergence d’un art empreint de grandeur et de faste. Le rouge y joue un rôle central, notamment dans la peinture de portraits et de scènes historiques.

Velasquez pour le reflet de soie rouge 1650, Innocent X


Le portrait est méritoire par sa gamme de couleurs risquée « rouge sur rouge » : draperies rouges en fond et sur le fauteuil, vêtements rouges.

Cette superposition de tons rouges n'écrase pas la vigueur du visage.

Velázquez n'idéalise pas le Pape en lui donnant un ton nacré, mais il le représente rougi avec une barbe emmêlée, plus en accord avec la réalité.

Le contraste violent des pourpres et des blancs n'est tempéré que par la dorure du trône papal, qui forme comme un cadre dans le cadre.



Les artistes comme Nicolas Poussin ou Charles Le Brun utilisent cette couleur pour souligner la noblesse, la puissance divine ou la richesse matérielle.


LES TEMPS MODERNES :


Des peintres comme Delacroix, Manet, Monet, Renoir, Van Gogh ou encore Seurat, qui l’emploient pour son rouge profond ou en glacis.


Renoir : portrait de Mme Clapisson (1883), avec un fond plein de cochenille, a été très apprécié.



Au 19e, le rouge, Toulouse Lautrec l’emploie abondamment dans ses tableaux et ses affiches.




Au 19e siècle, le romantisme et le symbolisme ont redéfini la palette chromatique en lui donnant une dimension plus subjective.


Le rouge, alors associé à la passion, à la révolte ou à l’émotion profonde, s’éloigne progressivement de ses connotations de pouvoir pour évoquer la vie intérieure, l’amour ou encore la mort.


Les œuvres de Gustave Moreau ou Odilon Redon illustrent cette transformation, où le rouge devient un langage à part entière, chargé de mystère et d’intensité.





Au 20e siècle, avec l’avènement de l’abstraction, le rouge acquiert une nouvelle dimension.


Des artistes comme Henri Matisse ou Kandinski exploitent cette couleur pour exprimer la dynamique, la force vitale ou la tension. Le rouge devient alors un symbole de libération, de révolution ou d’énergie, incarnant la modernité et la rupture avec le passé classique.


Henri Matisse, chef de file du fauvisme, libère la couleur de sa fonction descriptive.

Dans « L’Atelier Rouge » (1911), il baigne l’ensemble de la composition dans une atmosphère rouge vibrante, créant une harmonie chromatique  qui défie les conventions de représentation.





Aujourd’hui, de nombreux artistes réinterprétent le rouge en mêlant tradition et innovation. Ils jouent avec cette symbolique pour susciter la réflexion et le dialogue, montrant que le rouge demeure un vecteur puissant dans la création contemporaine.


L’expressionniste abstrait Mark Rothko explore la puissance émotionnelle du rouge dans ses vastes champs de couleur.

« Orange and Red on Red » (1957) invite à une contemplation méditative, où le rouge devient un portail vers l’expérience spirituelle.




L’installation « My Red Homeland » (2003) d’Anish Kapoor, une vaste étendue circulaire de cire rouge en mouvement, évoque à la fois la terre, le sang et le cosmos, montrant comment le rouge véhicule encore des concepts universels et profonds.






En street art, Shepard Fairey utilise fréquemment le rouge dans ses œuvres engagées, comme dans sa célèbre affiche « Hope » pour la campagne présidentielle d’Obama en 2008.

Principalement bleue, les touches de rou

ge ajoutent dynamisme et force au message.



Au 20e siècle, la puissance symbolique du rouge lui a valu de devenir la couleur ornementale préférée des nouvelles institutions. Né de la Révolution française, le rouge devient également symbole des luttes sociales, de la liberté.


Rappelons au 19ème, Eugène Delacroix, dans « La Liberté guidant le peuple » (1830), utilise le rouge du drapeau tricolore et des vêtements pour symboliser la passion révolutionnaire et le sang versé pour la liberté.




Les affiches de propagande soviétique du début du 20ème siècle font un usage intensif du rouge, couleur emblématique du communisme, pour galvaniser les masses et promouvoir l’idéologie révolutionnaire.




Dans le domaine de la photo, Zhou Jun joue sur la symbolique du rouge qui tranche sur le contraste du gris de l’environnement.

La couleur rouge est traditionnellement en Chine moderne, celle du bonheur et de la réussite : "dans les entreprises, lorsqu’on partage les profits, cette cérémonie est nommée fen hong (partager le rouge) ; quelqu’un apprécié par son patron s’appellera hong ren (une personne rouge)".

Ainsi la coloration en rouge de certaines parties des photos rappelle l’identité chinoise et sa fierté nationaliste.





Cette dualité symbolique fait du rouge une couleur particulièrement puissante dans la communication visuelle et artistique, capable de provoquer des émotions fortes, qu’elles soient positives ou négatives.



CONCLUSION


Le rouge comme démonstration de puissance

Le rouge a toujours été une couleur de grande importance à travers les cultures et les époques.


La couleur devient :

  • un outil diplomatique

  • une marchandise stratégique

  • un marqueur social

  • un symbole religieux


L’histoire de la peinture est donc liée :

  • aux routes commerciales

  • aux conquêtes

  • aux monopoles

  • aux rivalités impériales


Avant l’industrialisation des pigments au 19ème siècle, la couleur n’était jamais neutre.


Peindre en rouge, c’était afficher :

  • une domination économique

  • une proximité avec le sacré

  • une supériorité sociale


Aujourd’hui, nous choisissons une couleur sans y penser. Mais pendant des siècles, la couleur était un privilège.


Elle était pouvoir





 
 
 

Commentaires


bottom of page